Cet article fait partie du  Défi Numéro 2 : 7 jours de “musicals” (comédies musicales) en vidéo et en mode “ce que peut nous apprendre”.

 

Quand on est en pleine élaboration d’un spectacle, qu’il soit scolaire ou pas, le simple fait de voir un autre spectacle peut être source d’idées. Qu’il vous inspire des “à adapter”, des “à faire” ou des “à ne surtout jamais jamais faire”, le spectacle va (ré)activer votre réflexion et stimuler votre imagination. C’est vrai pour tous les arts créatifs. En tant que compositeur, j’ai souvent senti ma tête pleine de nouvelles idées en sortant d’un concert. L’un de mes amis, sculpteur, vous dira la même chose à la sortie d’une expo.

Je vous recommande donc, si vous planifiez de monter un show, de vous rendre en salle de spectacle ou parfois de juste vous servir de youtube, où vous trouverez de nombreuses captations, notamment de versions de collèges.

Evil Dead, the musical

L’argument de cette “comédie musicale” canadienne se base sur la série de films des années 80 et 90 “Evil Dead”. Après quelques moments de documentations, je me suis rendu compte que la trilogie de base était devenue l’une des plus cultes trilogies d’horreur du cinéma… Eh bien voilà, on en apprend tous les jours. Je ne dois pas être assez geek… ou assez “horror movies”.

Toujours est-il que, grâce à la vidéo suivante (attention, c’est dégueulasse, même si les effets spéciaux ont beaucoup vieilli) https://www.youtube.com/watch?v=daOIIbhcv7M , j’ai pu combler ce trou dans ma culture en 7 minutes 😉

Bref, pour faire court : cinq jeunes vont passer leurs vacances dans un chalet perdu dans les bois, sans prévenir personne de leur trip. La cabane est uniquement accessible par un pont… qui se brise après leur arrivée. Sans le vouloir, ils libèrent une force démoniaque et se transforment presque tous en zombies… enfin vous voyez le topo, quoi.

La version “comédie musicale” (je mets bien entre guillemets car on est loin des grands classiques du genre) est beaucoup plus facile à regarder que le film (du moins pour des gens comme moi qui froncent déjà les sourcils quand le premier zombie enfonce un crayon dans le pied de sa bonne amie). Pour en savoir plus, faites un petit tour sur Wiki : https://fr.wikipedia.org/wiki/Evil_Dead_%28musical%29

Facile, dans le sens où, là où le film essaie de rendre un certain réalisme, la version scénique joue avec des litres de faux sang, des effets spéciaux très drôles permettant de mettre en scène des meurtres, des mains coupées encore vivantes, des têtes coupées qui parlent, etc. C’est donc un genre un peu “à part” de la comédie musicale que ce “Evil Dead”. Parfois, on ne sait pas très bien s’il faut rire ou pleurer, alors on rit parce que ça fait plus de bien.

Toujours est-il que j’en ai dégagé quelques apprentissages pour vos créations de spectacles.

Ce que “Evil Dead” peut nous apprendre

 

1/ Pour de bons effets “films d’horreur”, il faut une bonne régie !

Un bon technicien son, un bon technicien lumière, un bon régisseur général… Voilà ce que ça vous prend pour qu’un effet de suspense soit bien réussi. Une petite musique stridente et statique. Des personnages qui crient “tu es là?” en cherchant leur ami. Un ami qui surgit en criant “bouh”, au moment où la musique éclate et les lumières changent. Vous imaginez si la synchro n’était pas au rendez-vous ?

 

2/ Une bonne façon d’envisager l’humour : l’ironie

On sent que les auteurs de cet OVNI sont fans de la série de films du même nom. Les répliques cultes du héros sont d’ailleurs reprises telles quelles dans le livret du musical, et sur la version scénique que j’ai regardée*, on entend le public les reconnaître et les réciter avec le comédien.

Pour autant, ils se moquent volontiers des films d’horreur basiques et de leurs codes répétitifs. Bois. Cabane. Isolement. Héros survivant…

Il faut dire, les films “Evil Dead” étaient déjà, apparemment, de sacrés mélanges d’horreur et de dérision, mais avec la comédie musicale, c’est clairement la dérision qui l’emporte. Le résultat s’apparente à un gros gag musical.

Pourquoi ne pas s’en inspirer ? Voilà un bel argument de spectacle : le second degré. Prenez un genre de films, de livres, de pièces de théâtres que vous aimez et donnez-vous en à cœur joie dans la peinture de ses caractéristiques. Faites-en une caricature. Documentez-vous un peu au préalable. Lisez, d’une part, les critiques positives concernant l’œuvre, d’autre part les critiques incendiaires. Si c’est une création que vous aimez, vous connaissez sans doute déjà les raisons pour lesquelles elle trouve des fans et des détracteurs.

Comment pratiquer la dérision ?

Les auteurs de ce musical l’ont bien compris. Une chanson sentimentale aux harmonies mielleuses va soutenir un texte volontairement dégueulasse, par exemple. Le grotesque est mis en exergue par l’opposition entre la forme et le fond. Ils sont évidemment loin d’être les seuls à pratiquer cet antagonisme. De grands maîtres l’ont fait bien avant eux, avec beaucoup de tact. Disons que dans ce cas particulier du “meurtre sanglant mis en scène et en musique”, cela fonctionne pas mal du tout.

Comme autre exemple, on peut citer la sœur du héros qui, après un moment passé à la fenêtre, se retourne et apparaît en zombie. Au lieu d’essayer de faire peur, les auteurs lui font entonner un rock très funky : “Look, who’s evil now ?”

 

 

Bons ou mauvais acteurs !

Ce qu’il y a de génial avec cet humour très exagéré, c’est qu’il fonctionne aussi bien avec de bons acteurs (très bons) ou de mauvais (très mauvais). Humour exagéré, traits grotesques, gestes énormes, giclées de faux sang par litre… certains vous diront qu’il faut être soit très bon, soit très mauvais, mais pas entre les deux. Toujours est-il que si les comédiens de votre troupe s’estiment “mauvais” et veulent en jouer (auto-dérision), il y a de fortes chances que cet humour fonctionne. Connaissez-vous la série “Le Cœur a ses Raisons?”. Tiens, canadienne elle aussi…

 

3/ Les scènes devant rideau

Vous n’avez pas de grosse production ? Pas de machinerie infernale sur scène (et dessous, et dessus) ? Vous n’avez pas une équipe “décor” de vingt personnes à l’affût de tout changement ?

La fameuse “scène devant rideau” vous permet de changer le décor et les accessoires du  plateau avec moins de mains et moins de moyens. Pendant que les comédiens illustrent un moment clé de l’histoire en avant-scène, votre équipe s’affaire à un changement propre et silencieux, sans être vue.

Si vous n’avez pas de rideau de scène, il existe d’autres solutions. Nous y reviendrons dans un futur article.

4/ On ne danse pas toujours dans une comédie musicale !

Bien sûr, il y a un peu de danse dans certaines version de “Evil Dead”. Je parle de danse donc de danseurs. C’est le cas de cette captation du Off-Broadway :

 

Dans la version que j’ai vue*, point de danseur. Même type de chorégraphie mais sans la souplesse, la précision et la finesse que l’on reconnaît dès que l’on voit des pros sur scène.

Tout ça pour dire : s’il vous plaît, pas de complexe. Osez montez des musicals sans danse si vous n’avez pas l’effectif ! Bon, évitez “An American in Paris” évidemment! Quoique…

 

5/ Un vocabulaire adapté à votre public ?

“What the fuck was that?”, chantent les personnages encore vivants dans cet étrange spectacle. On pourrait traduire par “Putain, c’était quoi?”. Bien sûr, ils entonnent ce morceau après avoir découvert une autre de leur camarade transformée en zombie.

Vous avez des élèves de maternelle ? C’est certain que vous adaptez le vocabulaire, sans même y réfléchir. Primaires ? Même chose ! Secondaire… là on commence à avoir des possibilités. Votre but est-il de leur faire découvrir la finesse de Molière ou de leur permettre de s’exprimer sur un sujet qui les tient à cœur ?

Quand on fait de la création de texte avec des ados ou de jeunes adultes, on rencontre souvent et sans surpises des volcans en ébullition, prêts à exploser. Ils ont des choses à dire, à faire entendre ! Ils ont des messages à faire passer, parfois.

Tout dépend donc de votre objectif…et du public. Mais considérez sans gêne l’option “vocabulaire libéré” si c’est ce dont vos jeunes ont besoin.

Si vous êtes animateur socio-culturel et que vous montez un show avec vos jeunes de quartier, vous savez déjà (ou allez découvrir) le pouvoir cathartique de la mise en scène. Attention aux passions que cela déclenche 😉

6/ Zones d’éclaboussures

Ce genre de pièces exagérément sanglantes (mais drôles) a instauré une série de “codes du genre”, comme tous les OVNIs suivis par hordes de fans.

Les zones d’éclaboussures sont des zones dans la salle (usuellement les trois premiers rangs), dans lesquelles le public est prié de ne pas arriver en “habits de soirées”.

Le héros de l’histoire finit le spectacle dégoulinant. Il n’est pas difficile d’imaginer que les premières rangées ne sont pas épargnées. Mais c’est pour le plus grand plaisir des fans, et des boutiques d’accessoires qui vendent des tee-shirts blancs “à salir en souvenir”.

Avez-vous pensé amuser le public avec votre show ? Le salir de faux sang ou, plus gentiment, d’eau du robinet envoyée par pistolet ? N’oubliez pas, toutefois, de le prévenir. Faute de quoi, la note du pressing pourrait s’ajouter à votre budget.

 

A demain pour un nouveau défi du “7 jours de musicals” !

Sébastien

* la version regardée : mise en scène de Christopher Bond, 2003, Toronto