Dans la première partie de l’article, on voyait qu’on pouvait parler de plusieurs catégories de chorégraphies, pour les shows qui nous concernent.
Nous allons voir ici comment les mettre en œuvre.
  • 1. La “danse”

Celle qui demande de la technique, de la grâce ou parfois, une certaine dose de “don du ciel”.

Si vous n’êtes pas danseur vous-même, la seule façon d’obtenir une danse de ce type sur scène est de laisser le rôle du chorégraphe à un danseur de votre troupe. Il vous faut donc impérativement au moins un danseur.

ATTENTION ! Quand vous faites l’inventaire de vos forces, prenez garde ! Qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, vos artistes n’auront pas tous la même définition de “être danseur” donc ne demandez pas simplement “qui fait de la danse?”.

Demandez qui la pratique régulièrement, qui a de la technique; demandez quel type de danse, etc. N’hésitez pas aussi à faire une petite audition. (J’écrirai bientôt un article sur l’organisation d’auditions).

danseuse

Pour les spectacles qui réunissent une école entière (ou plusieurs classes), vous pouvez passer par un formulaire écrit à faire remplir par les élèves/performeurs. Sur celui-ci, vous pourrez poser vos questions plus ou moins précises sur les capacités de la troupe en danse mais aussi, si vous le souhaitez, en chant, en jonglerie, en tout ce que vous voulez qui pourra servir au show.

Si vous avez la chance d’avoir des danseurs dans le groupe, alors ils pourront, s’ils ne sont pas trop jeunes, devenir leurs propres chorégraphes. A vous de décider quelle place aura la danse dans le spectacle. Sera-t-elle là pour souligner un seul tableau ? La voulez-vous plus souvent ? Représente-t-elle quelque chose ou quelqu’un dans votre dramaturgie ?

Vous pouvez imaginer, si vous avez trois danseurs par exemple, de leur laisser champ libre pour créer une chorégraphie qui les implique tous les trois (chorégraphie à vous soumettre bien sûr, vous restez le capitaine du bateau!). Si vous n’avez qu’une personne danseuse, pensez alors à la possibilité de la mettre en avant en tant que telle ET/OU à lui demander d’être la chorégraphe des autres membres, non-danseurs. Un pratiquant verra parfois plus clair sur ce qu’un néophyte peut faire sans se blesser. Il pourra aussi vous aider à rendre les gestes “beaux à voir” 😀

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  • 2. La “Presque-Danse”

Pour illustrer certains propos sur scène, vous pouvez créer des “danses” qui n’en sont qu’à moitié. Quelques exemples ?

  • Vous, quand vous “mettez le doigt devant, mettez le doigt derrière” sur la piste de danse d’une soirée de mariage. (Ne niez pas, on vous a vu !)
  • A peu près tous élèves de niveau “maternelle” que l’on fait danser. “Trois pas en avant, trois pas en arrière, trois pas d’un côté, trois pas d’l’aut’ côté”.
  • La Danse des Canards et autres joyeusetés animales.
  • Toutes les danses de club de vacances, de campings, etc. Exemple en vidéo :

Comment procéder pour créer ces chorégraphies ?

Voici ma méthode. Faites-en ce que vous voulez 😉
Pour rappel, ceci concerne les spectacles où les enfants/élèves/amateurs ne sont pas auditionnés, ne répètent pas des soirées ou des weekends entiers.

  • 1. L’inventaire

Chez vous, faites un inventaire de tous les gestes possiblement faisables par vos élèves. Faites vraiment cet exercice. Vous pouvez choisir de les écrire mais croyez-moi, à moins que vous ne dessiniez très très bien, vous aurez vite oublié la moitié de votre liste quand vous voudrez vous relire.
La technologie est accessible et facile, de nos jours. Prenez votre téléphone, fixez-le ou posez-le sur le frigo et filmez-vous. Donnez oralement un numéro à chacun des gestes qui vous passe par la tête, dans l’ordre.Faites ce petit travail avec un collègue, pour plus de fun (et plus d’idées!).Pas de panique, cette vidéo ne s’échappera pas de votre téléphone ou votre ordinateur. Sauf si vous aimez l’auto-dérision et que vous êtes prêt à vous faire griller au bêtisier de la fin d’année à la fête de l’école. (Une autre raison de le faire entre collègues; ne vous grillez pas tout seul 😉

  • 2. Le lien avec les paroles

Prenez en face des yeux les paroles des chansons concernées, s’il y en a. Voyez si certains de vos gestes enregistrés pourraient correspondre au texte. (Sauf dans le cas des tout-petits, essayez d’éviter de mimer les paroles. Trop souvent, la danse amateur se contente de montrer les mots et n’apporte rien à la base existante “texte/chant”. Nous verrons comment éviter cet écueil dans un futur article). Notez que vous pouvez aussi commencer directement en combinant les étapes 1 et 2 et noter (et filmer) tous les gestes qui vous passent par la tête directement en rapport avec la chanson.

  • 3. La sélection

Faites une sélection dans les gestes que vous avez répertoriés. Prenez, d’une part, ceux que vous préférez; d’autre part, ceux dont vous savez qu’ils seront réalisables par les performeurs. S’il s’agit d’enfants, n’oubliez pas qu’ils sont souvent bien plus souples que vous et moi 😉 Ne jetez pas tout à la poubelle d’emblée parce que ce n’est pas élégant quand c’est vous qui l’exécutez !

  • 4. La décision

Prenez LA grande décision : votre travail sur les “gestes” va vous servir soit à créer entièrement la chorégraphie (à l’apprendre par cœur puis à l’enseigner aux élèves) ; soit à être un réservoir dans lequel vous allez pouvoir puiser en cas de sèche. Je m’explique.

Dans le second cas (celui que je pratique), les interprètes étudiants livrent eux-mêmes plusieurs gestes de leur invention. Ils créent, en quelque sorte, une partie de la chorégraphie. Parfois c’est le début, parfois ce sont des propositions “plic-ploc”, comme on dit chez moi, c’est-à-dire “par-ci par là”.

Je crée donc la base, l’idée générale sur laquelle ils vont établir leur recherche gestuelle. Cette base est tantôt assez élaborée (au point de connaître à l’avance les gestes globaux, donc sans entrer dans les détails), tantôt elle est très flexible et j’ai surtout une idée de l’endroit où les “danseurs” se trouvent sur la scène.

Voici comment je procède pour leur faire inventer eux-même la gestuelle.

Dans mon cas, il s’agit très souvent de chorégraphies qui accompagnent un chant sans micro. Il y a donc plusieurs impératifs. Je dois veiller à ce que leurs bouches soient constamment tournées vers le public; faire en sorte qu’ils ne s’essoufflent pas; faire attention à leur posture pour que le travail vocal reste bon. Quand les micros interviennent, l’attention se tourne vers les gestes dangereux (micro main) ou susceptibles de heurter le matériel (micro casque).

J’attends le moment de l’année où les paroles commencent à être bien connues par les élèves. À ce moment-là, mon travail d’échauffement vocal s’agrémente d’un échauffement corporel différent de l’habitude. Vous allez voir, c’est très simple.

Nous sommes en cercle.

Je compte jusqu’à 8 (4 pour les plus petits) et je demande qu’ils comptent avec moi en boucle. Cela se fait sur un tempo bien précis qui ne bouge pas (la vitesse de la musique que j’ai en tête). Premier réflexe dans 90% des cas : ça va accélérer ! Soyez vigilant. Aidez-vous d’un métronome si vous avez peur d’accélérer également (des applications gratuites existent pour votre téléphone).

Je leur montre l’exemple de ce que je vais attendre d’eux, c’est à dire créer des gestes. Typiquement, je lève le genou et je tape le pied à terre pendant que le groupe dit “un”.

Ils doivent alors tous taper du pied à chaque fois que l’on revient sur le chiffre “1”.
Cela donne “geste – 2 – 3 – 4 – 5 – 6 – 7 – 8 / geste – 2 – 3 – 4 – 5 – 6 – 7 – 8 / geste – etc.

Je demande à mon voisin de droite d’ajouter un geste sur “2”. La même procédure a lieu : tout le groupe reproduit le geste. Nous avons donc un geste sur “1” et un geste sur “2”. Pour soutenir le rythme de l’échauffement, le compte oral de 1 à 8 ne s’arrête jamais. Je compte aussi avec eux quand je ne suis pas en train de donner une explication.

Vous l’avez compris, le troisième participant fera un geste sur “3”, le quatrième sur “4” et ainsi de suite.

Au premier tour, vous aurez 8 gestes et un exercice de base. Peut-être que les élèves auront déjà proposé des choses qui ne sont pas dans votre inventaire vidéo ! Ils vous surprendront, c’est sûr ! Ne soyez pas trop exigeants tout de suite avec les plus timides si vous n’avez pas l’habitude de les mettre en situations créatives. Motivez-les, encouragez-les, félicitez-les ! (A contrario, trouvez un juste milieu si certains élèves font des propositions que la moitié de la classe n’arrive pas à exécuter. Vous déciderez plus tard si vous ne faites danser que certains éléments, mais le but de l’échauffement est que tout le monde participe).

clap

Vous pouvez faire un deuxième puis un troisième tour en compliquant les données de base. Chaque proposition ci-dessous va corser l’affaire. Vous pourrez même, par la suite, combiner ces challenges :

  • Le participant de droite ne donne pas forcément un geste sur le chiffre qui suit. Ainsi on pourra commencer le jeu en ayant un geste sur 2 et 6, par exemple.
    Cela donnera : “1 – geste – 3 – 4 – 5 – geste – 7 – 8”
  • Le participant suivant n’est pas forcément celui de droite mais le premier qui se lance. Pour ce faire, il faut un groupe à l’écoute de lui-même. Cela implique des prises de décision et des “renoncements” (quand un élève se lance mais constate qu’un camarade s’est lancé une demi-seconde avant lui); deux fonctions typiques des groupes d’improvisation.
  • Au moment où vous arrêtez de compter à haute voix, les élèves arrêtent également. Le compte mental ne s’interrompt pas pour autant. On commence alors à faire de la musique puisqu’on entend clairement le bruit des gestes !

Cet exercice d’échauffement permet plein de choses ! (Je l’adore :D)

  • Vous préparez les élèves à bouger s’ils n’en ont pas l’habitude.
  • Vous aiguisez leurs réflexes.
  • Vous perfectionnez leur sens de la précision (si un condisciple tape la main droite sur la poitrine, ce n’est pas la main gauche).
  • Vous pouvez créer de la musique si vous exigez que chaque geste soit sonore.
  • Vous travaillez la mémoire des étudiants (et la vôtre).
  • Vous augmentez votre panel de possibilités pour la chorégraphie du spectacle !

Vous n’aurez plus qu’à décider, plus tard, comment faire la transition entre cet exercice d’échauffement et le type de “presque-danse” que vous aimeriez sur scène pour le show.

Passez la musique sur CD pour le début de l’apprentissage, pour déconnecter les élèves de la concentration du chant, s’ils doivent combiner les disciplines.

Cherchez, avec les étudiants, quels gestes trouvés précédemment (ou pas), fonctionneraient bien pour telle ou telle partie de la musique. (Attention à nouveau, pas de “mime” des paroles, ou en tout cas pas tout le long. Sachez doser les effets).

N’oubliez pas, quand vous enseignerez les pas, à filmer le résultat à la fin de chaque répétition. Dans mon cas, pour les élèves qui n’ont qu’une seule répétition par semaine, je les filme puis je leur donne accès aux vidéos sur un site web privé pour qu’ils puissent revoir les chorés à la maison.

Le plus difficile restera d’unifier la prestation, de trouver une cohérence dans cet ensemble de gestes additionnés. Si vous êtes un prof motivé, votre intuition prendra la relève en répétition. Rebondissez tout le temps sur les propositions des élèves.

Si vous vous dites : “c’est bien beau l’intuition mais je ne vais pas l’inventer si je n’en ai pas”, lisez la suite. L’intuition, ça se développe 😉

 danse-enfants

C’est tout ?

Oui et non. Ça ne dépend que de vous. Pour certains spectacles, c’est suffisant.

C’est sûr que le travail sera plus rapide et plus précis si vous avez un minimum minimorum de notions de danse. Fréquentez les salles de spectacles ! Ouvrez-vous un maximum ! Regardez des vidéos pour vous imprégner de la beauté de cet art ! (Mais pas des vidéos de Club Med, pour le coup 🙂 Regardez autant des “danses” que des “presque-danses”. Si vous vous “branchez danse” assidument, votre œil s’aiguisera au point de vous donner des idées auxquelles vous n’auriez jamais pensé auparavant !  Je vous propose quatre vidéos aux styles très divers mais vous invite à en voir des TAS d’autres 🙂

Et encore, je dis “notions de danse” mais il peut s’agir simplement d’esthétisme ! Par exemple, il est bon d’avoir toujours à l’esprit de …

  • Varier les positions. Debout, assis, couché, derrière, devant, côté, etc. Faites-vous violence. Quand vous pensez avoir trouvé, demandez-vous tout le temps s’il n’y a pas moyen de faire mieux.
  • Varier aux combinaisons : en groupe, par deux, par trois, solos, etc. On se laisse vite embarquer dans des idées trop simples qui manquent de variété.
  • Aller “jusqu’au bout” : c’est facile de dire “bras tendus” mais interrogez-vous aussi sur ce que vous voulez au niveau des mains (quel sens), des doigts (ouverts, fermés, tendus), du regard, du sourire, etc.
    De même, quand vous avez un mouvement de groupe, veillez à ce que chacun fasse exactement la même chose ! Vous constaterez qu’il n’y a rien de plus aléatoire, pour un groupe non formé, qu’une indication telle que “les mains au-dessus de la tête” ;)Ce genre de précision fera toute la différence dans votre spectacle !
Je vous propose de vous livrer la suite de mes explications dans l’article suivant de la série (à venir) 🙂
On y parlera donc de “mouvements en rythmes” et “mouvements libres”.
N’oubliez pas de laisser un commentaire si vous avez d’autres méthodes que vous souhaiteriez partager !

A bientôt !

Sébastien

 

 

 

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Crédits photos
danseuse : stephane
danse fauteuil : riccardo.fissore
hippie : Dan Zen
danse sur le lit : Brittney Bush Bollay
classe en cercle : Bread for the World
clap graffiti : Doran
danse enfants :  Vincent

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