Comment gérer le trou de mémoire sur scène ?

Il arrive que vos élèves doivent retenir une grosse quantité de texte et qu’ils éprouvent, pour ce faire, quelques difficultés. Si vous voulez être certain/e que le spectacle n’en pâtira pas, plusieurs solutions sont envisageables.

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1.Le souffleur

poirpomEh oui ! Vous ne connaissez que trop bien ce vieux métier du théâtre. Autrefois dissimulé dans les coulisses, il a ensuite investi le fameux “trou du souffleur”, cette petite ouverture en avant-scène depuis laquelle il s’inquiétait des défauts de mémoire des comédiens.

Vous le connaissez parce que vous l’avez sans doute déjà incarné ! Cette fois-ci, vous voudriez vous en passer… mais comment ?

Figurez-vous que les souffleurs existent toujours, dans certaines compagnies professionnelles, ou pour les humoristes. Ils sont simplement cachés…dans les oreillettes ! Bon, vous allez me dire que votre école n’a pas de budget pour des oreillettes. J’entends bien… Passons à la deuxième solution.

2. Le prompteur

Il est plus facile à installer que ce qu’on croit.

  • Reliez une télévision de l’ampleur de votre choix (tout dépend de la grandeur de la scène) à un ordinateur portable, grâce à un câble magique que l’on appelle HDMI.jubarrier
  • Assurez-vous que tous les sons de l’ordinateur sont coupés, ou que la télévision est en mode “mute”, car ce câble fantastique fait circuler aussi les données audio. Peu importe le son que votre ordi fait pour vous annoncer un nouveau mail, vous ne voulez pas qu’il interrompe la pièce…
  • Faites défiler le texte sur votre programme de traitement de texte habituel, ou trouvez quelqu’un pour le faire. (Une bonne mission pour un étudiant qui se serait retiré du projet à la dernière minute, comme ça peut parfois arriver).
    • Petit truc : transformez votre texte en fichier pdf au préalable, pour être sûr/e de ne pas cliquer où il ne faut pas pendant le défilement.

Et là, vous me dites “oui mais… le prompteur c’est la solution extrême. Les élèves vont compter dessus et ne vont pas apprendre leur texte”.

C’est une bonne remarque. Personnellement, je n’utilise le prompteur que pour “les 48 heures folles”, un projet annuel que j’ai lancé en Belgique où l’équipe écrit, compose et interprète une comédie musicale inédite en 48 heures top chrono ! Vous imaginez qu’on est content de l’avoir.

A vous de faire votre choix en fonction de la situation.

Fausse bonne idée : prévoir le prompteur en secret des élèves et leur révéler son existence le jour même du spectacle. Comme pour les sous-titres d’un film dont vous connaissez parfaitement la langue, beaucoup d’étudiants ne pourront pas s’empêcher de le regarder, même s’ils connaissent leur texte. Vous allez perdre une sacrée dose d’interprétation !

3. Le texte en coulisse

Pour certains textes, il est possible de mettre à disposition les feuilles imprimées, à des endroits bien précis dans les coulisses. Cette solution peut être complémentaire à une autre.

Pour que tout se passe bien, vous devez absolument faire passer ce message à votre équipe : “ces feuilles ne peuvent pas bouger de place“.

Elles ne doivent pas changer d’ordre non plus. L’idéal est de les trouver en livret (numérotées!!!) ou rangées dans un classeur.

Attention, cette option peut engendrer un stress supplémentaire chez les élèves perfectionnistes ou angoissés, qui se sentiront toujours obligés d’aller revérifier leurs lignes avant d’entrer en scène. Votre devoir d’éducateur est d’orienter le travail vers la Tom_Brogan“confiance en soi” à partir de la “bonne connaissance” du texte.

Il est évident que l’on n’a pas toujours ni la place, ni l’éclairage pour installer une table et le livret de la pièce. En général, les comédiens en coulisses se contentent d’une conduite. Cet article vous intéressera peut-être : “Comment réaliser une belle conduite” (à venir)

4. L’aide exceptionnelle : le prompteur personnel

Vous faites confiance à votre étudiant mais, ce jour-là, pour des raisons x ou y (la vie est ce qu’elle est, les raisons sont souvent valables), il/elle a très peur d’oublier son texte.

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Vous estimez que sa peur risque davantage de tout faire foirer qu’un certain type de prompteur.

La poire coupée en deux consiste à lui donner un prompteur à lui seul !

Certains rôles vous permettront en effet de glisser un livre dans les mains du personnage, ou un journal, une revue, etc. Il s’assied à un bureau ? Une petite fiche avec des notes sera très discrètement posée sous ses yeux. Il est curé ; sa bible devient une bible de post-it bien collés… Il est facteur ; l’adresse sur son enveloppe comporte les premiers mots de sa phrase. Bref, vous avez compris.

Cela demande un peu d’organisation mais peut vous sauver de situations délicates.

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5. Aucune aide du tout

En quoi est-ce une solution? me direz-vous.
Aucune aide du tout, ce n’est pas “abandonner” les comédiens. C’est les avoir préparés à toute éventualité.

En particulier si vous êtes professeur de théâtre, vos élèves doivent avoir compris le mécanisme de sortie d’un “blanc”. Un trou de mémoire, c’est angoissant ! Pour l’acteur concerné, bien sûr, mais également pour ses condisciples sur scène, pour le public car cela passe rarement inaperçu, etc. Angoissant, mais pas insurmontable.

Une bonne connaissance du texte permettra au comédien-victime de se rattraper. Si ce n’est lui, quelqu’un d’autre sur scène l’aidera à le faire.

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La bonne connaissance dont je parle ici, ce n’est pas seulement le fait de pouvoir réciter un texte dans l’ordre, c’est aussi, par exemple :

  • pouvoir s’arrêter n’importe où et reprendre comme si de rien n’était (on peut expérimenter ça en cours ou en répétition, grâce aux sonneries de téléphone ou aux visites impromptues de collègues)
  • être capable de visualiser la page sur laquelle on se trouve dans le texte (à cet effet, les marqueurs de couleur peuvent être utiles, notamment pour délimiter haut, milieu et bas de page.

“Aucune aide du tout”, si les performeurs sont au courant, peut devenir un excitant challenge ! Vous baserez vos cours sur le domaine passionnant du “comment apprendre efficacement”, qui est utile tout au long de la vie de chacun.

chrisjtseSi vous optez pour cette option, je vous conseille de ne RIEN prévoir du tout comme sécurité. C’est extrême, oui, mais dites-vous que plus vous “envisagez” sérieusement la catastrophe, plus il y a de risques que vous provoquiez vous-même le souci, en véhiculant l’idée dans la tête de vos élèves.

En conclusion, je voudrais quand même dédramatiser un peu le sujet en vous rappelant quelque chose que vous ne pourrez pas toujours dire aux étudiants avant que le spectacle ne soit passé : l’échec est le meilleur apprentissage. Le trou de mémoire, le “blanc”, apprend beaucoup de choses : la détermination de mieux travailler la mémoire la prochaine fois ; les réflexes nécessaires pour s’en sortir ; la solidarité entre comédiens au profit du spectacle ; l’humilité.

Certaines personnes vont d’ailleurs au théâtre POUR les trous de mémoire, ou la fragilité de l’être humain devant la présentation “sur un fil” d’un tel boulot !

Reste à convaincre les parents de ne pas “détruire” cet état d’esprit positif dans la tête de vos élèves, ce qui est malheureusement souvent le cas dans les arts et l’apprentissage en général.

Allez, à la prochaine !
Sébastien

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Crédits photos :

1 : Dirk Schaefer
2 : Poirpom
3 : Jubarrier
4 : Tom Brogan
5 : Flat Earth Theatre
6 : Sage Ross
7 : chrisjtse